Les femmes dans l’Industrie – Anne-Delphine Beaulieu, Directrice de la RSE et de la Transformation Digitale chez LISI

13 mars 2024

Rapport sur les grandes tendances de l’industrie

Femmes dans l'industrie : le portrait d'Anne-Delphine Beaulieu, Directrice Transformation digitale et RSE chez LISI

L’industrie, un secteur essentiellement masculin ? C’est en tout cas l’opinion générale. Et pourtant, la part de femmes dans les entreprises industrielles augmente depuis plusieurs années, atteignant les 30 % en 2023 selon l’Insee. Mais comment attirer plus de femmes dans ce secteur pourtant si riche et dynamique ? A l’occasion de la Journée des droits de la femme, nous lançons une série de portraits mettant en avant plusieurs femmes qui travaillent dans l’industrie et leur rôle crucial.

Pour ce second portrait, nous avons interviewé Anne-Delphine BEAULIEU, membre du Comité Exécutif de LISI. LISI est un groupe mondial spécialisé dans les solutions d’assemblage pour les secteurs de l’aéronautique, du médical et de l’automobile. La société fait 1,6M€ de chiffre d’affaires en 2023. La société a 42 usines réparties dans 13 pays et emploie 10 000 collaborateurs. Anne-Delphine BEAULIEU dirige la Transformation digitale et de la RSE du Groupe. Elle est mère de quatre garçons et a su combiner une vie de famille intense avec une carrière tout aussi intense.

C’est un peu par hasard qu’Anne-Delphine est arrivée dans le monde de l’industrie. Alors qu’elle travaillait chez DELOITTE dans la branche Conseil, elle a été proposée comme ressource détachée pour VIVENDI qui démarrait sa transformation sur ses métiers historiques de l’eau et de l’environnement. Elle y reste 4 ans avant d’aller faire un MBA en Amérique du Nord. Elle rejoint ensuite PECHINEY dans les divisions Aluminium Primaire et Aluminium de Transformation. Après 4 ans, elle est embauchée par LISI en qualité de Directrice du Contrôle de gestion de la division Aerospace.

Cela fait maintenant 20 ans qu’elle travaille au sein du groupe LISI. Vingt années pendant lesquelles elle a gravi les échelons, passant de DAF dans la division Aerospace à Directrice de la Transformation digitale au niveau groupe, avec un volet industrie 4.0 qui l’a amenée à travailler avec des start-ups comme fabriq et réaliser des expérimentations dans les usines. Et puis, à la fois par conviction et par rencontres avec des sociétés innovantes qui s’intéressent à la décarbonation, elle a contribué à créer une direction de la RSE.

Découvrons ensemble son parcours inspirant et son expérience en tant que femme dans le secteur de l’industrie.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le secteur de l’industrie ?

Anne-Delphine BEAULIEU : D’emblée, j’ai aimé le lien avec le monde physique, l’idée de pouvoir toucher ce qu’on produit et de comprendre l’usage de l’objet et son utilité dans la société. L’industrie est un secteur qui est en constante innovation technologique, où les possibilités de résolution de problèmes complexes et les avancées contribuent au progrès sociétal. Ce n’est pas le seul secteur bien sûr car la Pharma, la biochimie, l’agriculture par exemple sont aussi très en lien avec le concret. Mais, par opposition aux secteurs immatériels comme la banque ou les services, il est plus simple de visualiser ce qu’on fait.

Et puis dans les usines, vous avez à la fois des gens en bureau et d’autres en usine ou postés. Ce n’est pas du tout les mêmes ambiances que, par exemple, dans une banque. Il me semble que l’industrie est beaucoup plus variée. Chez LISI, nous avons des sites industriels très différents, des équipements de production divers, des produits qui ne se ressemblent pas, des pays et cultures différentes. Nous travaillons dans 3 secteurs concrets pour le grand public : l’aéronautique, l’automobile et le médical. Il y a une plus grande richesse dans le monde industriel que dans la banque ou les services.

Dans le cadre de la RSE, vous avez mis en place le programme 3P (People, Planet, Profit). Pouvez-vous nous en dire plus ?

Effectivement, nous avons lancé une démarche RSE articulée sur 3 P pour combiner tous les aspects du développement durable

●      PEOPLE : c’est l’ensemble de nos politiques et actions qui ont pour but d’accroître l’attractivité, la diversité et l’inclusion au sein de LISI. Il s’agit à la fois de projeter une vision désirable de LISI pour les futurs talents, mais aussi en et premier lieu pour nos collaborateurs actuels qui sont les artisans de notre réussite commune. Nous devons aussi travailler à une plus grande diversité, notamment de genre au sein de nos industries. Ce n’est pas une tâche facile, car même si la féminisation progresse autour de 30% dans les industries tous secteurs confondus, celui de la Métallurgie fait encore un peu de résistance. Enfin, nous devons offrir un environnement de travail plus inclusif et des valeurs plus en phase avec ce que recherchent les salariés d’aujourd’hui.

●      PLANET: cet axe regroupe toutes nos politiques et actions qui permettent de réduire l’empreinte carbone de LISI. Pour cela, il faut non seulement s’engager sur une trajectoire de long terme,  mais ensuite se lancer dans l’action pour réduire, remplacer, recycler, réinventer et faire tout ce qu’on peut pour décarboner nos impacts de manière durable et si possible le plus rapidement possible. A travers cette trajectoire, nous confrontons nos objectifs à nos moyens. En gros, combien cela coute, pour quels bénéfices et quels horizons. Tout l’enjeu est de le faire tout en conservant le bon équilibre et la bonne vitesse de changement. On a commencé à parler d’indicateurs qu’on ne remontait pas avant ou à faire des projets nouveaux sur les énergies renouvelables, des projets de produits bas carbone ou sur le biogaz, l’hydrogène, la gestion de l’eau…. Encore des sujets d’innovation.

●      PROFIT : Le dernier P, c’est Profit. La première des conditions pour continuer à être pérenne et résilient, c’est d’être suffisamment rentable pour continuer à faire des projets et maintenir l’emploi. C’est aussi intégrer dans ce P la dimension d’engagement de nos fournisseurs vers notre trajectoire de décarbonation. Si nos fournisseurs nous suivent, nous y arriverons beaucoup plus vite et mieux.”

« Nous devons travailler à une plus grande diversité, notamment de genre au sein de nos industries. »

Qu’avez-vous mis en place pour attirer les femmes chez LISI ?

Nous avons d’abord commencé par compter les femmes. Comme le dit si bien le collectif Sista, “pour que les femmes comptent, il faut compter les femmes”. On ne le faisait pas régulièrement. Et on ne comptait pas notamment les femmes cadres, à tel point qu’on a mis presque deux ans à se mettre d’accord sur la question “qu’est-ce qu’un cadre ?”. Cela m’a fait sourire car on ne s’était jamais posé la question de qu’est-ce qu’un cadre jusqu’à ce qu’on se mette à compter les cadres femmes. Donc la première des choses, c’est compter. Et en comptant, nous avons mis des réalités tangibles et qui commencent à être connues. Nous sommes aujourd’hui à 24 % de femmes dans l’organisation, dont 28 % chez les cadres.

Ensuite, comment faire pour bouger les choses ? Il faut d’abord une vraie prise de conscience de nos dirigeants. Il y a tout un monde entre “on accepte l’idée” et “on le fait”. Et aujourd’hui, les plans d’actions, c’est ce qui pêche le plus. Grosso modo, on sait quoi faire, mais c’est rarement fait. Par exemple, j’avais proposé qu’un quart des recrutements soient pourvus par des femmes et un tiers des recrutements de cadre également, mais ça n’a pas été retenu car les freins sont encore nombreux. Toutefois, nous avons travaillé à féminiser les annonces, stimulé la cooptation, les promotions. En termes de résultats, les effets ne sont pour l’instant pas là car nous avons plutôt stagné.

« Comme le dit si bien le collectif Sista, pour que les femmes comptent, il faut compter les femmes »

Et pourquoi est-ce difficile, justement, de faire prendre conscience aux dirigeants de l’importance de ces projets et de les mettre en œuvre ?

C’est difficile pour 2 raisons :

●      La première, c’est que, le premier des critères quand on a un poste ouvert, consiste à le combler au plus vite. Or, dans la très grande majorité des cas, nous recevons beaucoup de candidatures masculines et peu de candidatures féminines, voire pas du tout. Le réflexe humain, malheureusement, c’est de dire : “je n’ai pas le temps d’attendre qu’une candidature féminine arrive ou d’en exiger”. ,

●      La seconde, c’est qu’on a aussi de nombreux emplois en tension avec de la difficulté à recruter. Donc, rajouter une contrainte supplémentaire alors que c’est déjà difficile d’attirer tout court, c’est compliqué.

Et enfin, il n’y a pas encore cette gestion prévisionnelle des emplois. Par exemple, si on se donne pour objectif d’avoir 40% de femmes dans les Codir d’usine, il faudrait analyser la rotation au bout de 3 ou 4 ans, programmer quel futur poste serait pourvu par une femme. Ainsi, nous aurions le temps en interne de préparer une femme à prendre ce poste ou en externe d’anticiper la recherche de sorte que ce soit une femme qui soit recrutée. Cette gestion prévisionnelle des emplois est importante si on veut augmenter le taux de femmes dans les métiers industriels et les postes à responsabilités.”

Vous faites partie de l’association Women First, qui fait la promotion des femmes dans des positions de Leadership. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Women First est une association qui a pour but de faire grandir les femmes dans des positions de leadership. Pour cela, l’idée est de leur donner confiance en les mettant en relation avec d’autres femmes qui ont réussi, avec une forme de passage de témoin. L’entraide est aussi présente puisqu’on fait aussi circuler les candidatures de femmes. Nous essayons toutes de participer à ce mouvement qui fait la promotion de la diversité. Women First organise aussi des rencontres, des ateliers pour expliquer comment se défaire d’un syndrome d’illégitimité, prendre de l’assurance, apprendre à se mettre en valeur et à ne pas minimiser sa valeur.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes aspirant à des postes dans le secteur industriel ?

Je leur dirais de ne rien s’interdire. Quand on veut, on demande. Quand on a un intérêt, on le manifeste. Quand on veut prendre un dossier, on va le chercher. Les femmes doivent se dire : “je suis légitime et compétente”. Il faut croire en soi, quel que soit l’avis des autres. Il faut oser déplaire et se libérer des attentes des autres. N’ayez pas peur, soyez affirmative, osez aller chercher les postes qui vous intéressent. Vous devez vous manifester et ne pas attendre qu’on vous donne quelque chose.

« La gestion prévisionnelle des emplois est importante si on veut augmenter le taux de femmes dans les métiers industriels et les postes à responsabilités »

Rédigé par :

Priscilla Brégeon-Minos – Content Manager @fabriq

Titulaire d’un Bachelor en Communication & Médias et d’un Master en Presse écrite, Priscilla possède une expérience de plus de 8 ans dans la rédaction et la production de contenus, aussi bien dans le secteur des médias qu’en B2B. Elle travaille désormais depuis plus d’un an chez fabriq, en tant que Content Manager. « J’ai découvert le secteur industriel avec fabriq et je ne regrette pas, c’est un domaine aussi riche que passionnant et en perpétuelle évolution. »