L’industrie, un secteur essentiellement masculin ? C’est en tout cas l’opinion générale. Et pourtant, la part de femmes dans les entreprises industrielles augmente depuis plusieurs années, atteignant les 30 % en 2023 selon l’Insee. Mais comment attirer plus de femmes dans ce secteur pourtant si riche et dynamique ? A l’occasion de la Journée des droits de la femme, nous lançons une série de portraits mettant en avant plusieurs femmes qui travaillent dans l’industrie et leur rôle crucial.
Pour ce troisième portrait, nous avons interviewé Romina Marcovici, Directrice générale de site et des opérations chez Merck, un groupe mondial de fabrication de produits pharmaceutiques, qui opère dans les domaines de la santé, des sciences de la vie et des matériaux de haute performance.
Aujourd’hui, cela fait plus de 20 ans que Romina Marcovici travaille pour le groupe Merck. Elle a d’abord commencé dans les ressources humaines, avant de basculer directrice d’une des usines du groupe, avec 400 personnes sous son aile. Pour y arriver, elle n’a pas hésité à reprendre des études en alternance afin d’obtenir un Executive MBA pour apprendre toutes les subtilités en lien avec la production, la supply chain ou encore la finance. Elle a ensuite eu l’opportunité d’occuper un poste de directrice de cabinet au siège de Merck, à Francfort, pendant deux ans, avant de revenir à Molsheim où elle a occupé des fonctions marketing et commercial pendant cinq ans.
Depuis 2021, elle est à la tête du site de Merck Molsheim dans sa totalité, en tant que Directrice générale de site et des opérations, s’occupant aussi bien des aspect stratégiques du site et du développement de l’activité manufacturing, que des relations avec les clients et les autres fonctions support, business, etc, ainsi que de la dimension RSE. Découvrons ensemble son parcours inspirant et son expérience en tant que femme dans le secteur de l’industrie.
En tant que Directrice générale de site industriel, quel est votre rôle exactement, quelles sont vos missions ?
Romina Marcovici : Il y a aussi bien l’aspect de la direction stratégique du site et plus particulièrement du développement de l’activité manufacturing : s’assurer qu’on a le bon nombre de personnes, que les produits sortent au bon niveau de qualité, que tout le monde soit en sécurité. Il y a aussi les relations avec les clients, avec les autres fonctions support, business, etc. Et plus largement, il y a aussi la gestion de la vie globale du site à prendre en compte. Quelle ambition pour le site ? Quelles activités de RSE développer ? L’année dernière, on a beaucoup travaillé sur notre engagement pour le bassin local : comment est-ce qu’on s’inscrit en tant qu’acteur citoyen dans le bassin qui est le nôtre ?
Et il y a également le développement stratégique du site, on regarde quelles sont les grandes tendances de l’industrie, typiquement la révolution digitale est un chantier critique pour nous : comment est-ce qu’on s’adapte, quels sont les outils qu’on veut mettre à disposition des salariés, mais également pour favoriser le développement du site et du coup, on rentre dans ces transformations pour s’adapter et rester agile et avoir une longueur d’avance sur la concurrence.
Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre métier aujourd’hui ?
Ce qui me passionne le plus dans mon métier, c’est la gestion de l’humain, le développement du personnel. J’adore réfléchir à notre avenir, à comment on se prépare à rester les meilleurs, essayer de proposer des opportunités de développement, de carrière à l’ensemble des collaborateurs sur le site. J’essaie vraiment de bousculer les codes, de dire que tout est possible, il suffit de le vouloir. On peut toujours se remettre en question et l’objectif, c’est de réfléchir autrement pour dessiner le futur de nos organisations. Donc c’est vraiment la stratégie organisationnelle, le développement des gens, prendre soin des collaborateurs qui me passionne le plus.
« On peut toujours se remettre en question et l’objectif, c’est de réfléchir autrement pour dessiner le futur de nos organisations. »
Qu’est-ce qui vous a attiré dans le secteur de l’industrie ?
Ce qui m’a attiré en premier lieu chez Merck, c’est la notion de grand groupe, de travail en équipe, de résolution de problèmes, de gestion de l’humain et aussi l’idée de construire un projet ensemble. D’entrée de jeu, il y avait des projets, de l’innovation, ça changeait tout le temps, il y avait toujours autre chose à faire : des nouvelles initiatives, du développement, du futur à construire et c’est ça qui m’a davantage attiré et plu au fur et à mesure de mes années dans l’industrie.
Aujourd’hui, l’image de l’industrie reste très masculine. Comment fait-on pour casser les codes ?
L’industrie, ce n’est pas tant une image masculine qu’elle a, c’est plus une image de travaux durs, d’environnements sales et ces traits s’orientent vers une masculinité. Mais en réalité, ce sont plus les représentations qu’on se fait de l’industrie qui génèrent le fait de dire que c’est un travail plus masculin qui est attendu. Au final, quand on voit l’environnement dans lequel on est, notamment en pharmaceutique, on se rend compte que l’environnement de travail est très propre et tout cela fait davantage appel à des représentations plus féminines. D’ailleurs, sur notre site, sur le nombre de personnes qui travaillent, on est majoritairement des femmes, donc typiquement cela devrait être représenté aux différents niveaux de la hiérarchie.
Qu’est-ce qu’on fait pour casser les codes ? Il y a un travail en interne avec les femmes, pour leur faire comprendre que l’évolution est possible et que, si elles montrent de la volonté à évoluer, les portes sont ouvertes et on peut les accompagner. Mais il y a aussi un travail de communication pour revoir l’image de l’industrie au niveau des plus jeunes générations. On s’engage beaucoup pour faire découvrir l’industrie aux enfants. On travaille avec les écoles autour de nous pour changer les perceptions dès le plus jeune âge. On est également très actifs lors de la Semaine de l’industrie, où on ouvre nos portes pour accueillir des collégiens et des lycéens pour leur faire découvrir cet environnement qui est le nôtre et qui n’est pas si dur ou compliqué.
Et enfin, il faut aussi travailler au niveau des parcours de formation sur la démystification des métiers car il y a certains secteurs où, déjà, au niveau des universités ou des parcours de formation, la représentativité des femme est très faible. Donc il faut travailler sur cette question de comment casser les codes et globaliser les formations.
« Il y a un travail en interne avec les femmes, pour leur faire comprendre que l’évolution est possible et que, si elles montrent de la volonté à évoluer, les portes sont ouvertes. »
Vous faites partie du collectif Merck “Women in Leadership”. Pouvez-vous nous en dire plus ?
En 2018, on a commencé à rassembler les femmes d’un certain niveau de responsabilités pour travailler sur nos pensées limitantes, notre visibilité, nos ambitions et le faire savoir. Il y a d’abord eu beaucoup de discussions, d’échanges, d’interventions d’experts sur un certain nombre de thématiques. Ensuite, il y a eu un travail sur l’exposition auprès des personnes qui recrutent et qui sont pour le coup à majorité masculine. Donc si on ne se fait pas connaître et qu’il y a des postes qui s’ouvrent, les hommes ne vont pas forcément penser à nous.
Et ensuite, on a travaillé sur l’accompagnement des femmes au niveau des entretiens de recrutement, car elles ont tendance à passer leur temps à expliquer ce qu’elles ne savent pas faire au lieu d’expliquer ce qu’elles savent faire. C’est toute une gymnastique de l’esprit qu’on a dû déconstruire pour reconstruire autrement.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes aspirant à des postes dans le secteur industriel ?
Il faut être ouvert, ne pas venir avec des idées préconçues ou des pensées limitantes. Ce ne sont pas les critères sociaux qui doivent dicter les carrières. Qu’on soit homme ou femme, tout reste à construire, on a les mêmes opportunités, les mêmes chances, donc il ne faut pas hésiter à pousser la porte et à se laisser l’opportunité d’évoluer si on sent qu’on peut le faire. Combien de femmes se mettent en retrait quand elles deviennent maman car elles doivent s’occuper des enfants ? Tout ça, c’est aussi nos propres représentations qui nous font penser comme ça.
Je suis maman et cela ne m’a pas empêché de faire carrière. C’est sûr, cela demande de l’organisation, mais souvent on a des représentations qui sont erronées ou qui sont à l’image de l’homme qui occuperait le poste, dans le sens où, l’homme est tout le temps là, donc si je prends le poste, je devrais être tout le temps là. C’est à toi de dicter tes conditions, de décider à quelle heure tu veux commencer le matin et finir le soir. Ce qui est important, c’est l’aboutissement des initiatives dont on a la charge et ensuite, on s’organise autour de cela.