Les femmes dans l’industrie : Marie Rousset, Project Leader Innovation and Competitivity à Safran Electrical and Power

28 mars 2024

Rapport sur les grandes tendances de l’industrie

Femmes dans l'industrie : Marie Rousset, Project Leader Innovation et Compétitivité chez Safran Electrical and Power

L’industrie, un secteur essentiellement masculin ? C’est en tout cas l’opinion générale. Et pourtant, la part de femmes dans les entreprises industrielles augmente depuis plusieurs années, atteignant les 30 % en 2023 selon l’Insee. Mais comment attirer plus de femmes dans ce secteur pourtant si riche et dynamique ? A l’occasion de la Journée des droits de la femme, nous lançons une série de portraits mettant en avant plusieurs femmes qui travaillent dans l’industrie et leur rôle crucial.

Pour ce quatrième portrait, nous avons interviewé Marie Rousset, Cheffe de projet Innovation et Compétitivité chez Safran Electrical and Power, une division du groupe international SAFRAN de haute technologie opérant dans les domaines de l’aéronautique, de l’espace et de la défense.  

Entrée en 2009 chez Safran après des études d’ingénierie, Marie Rousset a d’abord commencé par travailler dans les ressources humaines afin de comprendre le côté organisationnel et la valeur humaine associée au travail industriel. Au bout de dix ans,  elle a ressenti le besoin d’aller plus loin et a entamé un parcours de certification Black Belt, qui lui a permis de faire des chantiers lean sur différents secteurs pour améliorer les performances et de retourner aux sources de sa formation d’ingénieure.

Aujourd’hui, Marie Rousset est Cheffe de projet Innovation et Compétitivité pour la division câblage du groupe et s’occupe de mettre en place des outils digitaux et d’automatisation et piloter des transferts de production pour améliorer la production de 5 sites, en France et à l’international. Elle est également marraine de l’association Elles bougent, qui a pour but d’attirer les jeunes femmes vers les filières et carrières scientifiques et techniques. Découvrons ensemble son parcours inspirant et son expérience en tant que femme dans le secteur de l’industrie.

Vous avez fait des études d’ingénierie industrielle, vous aviez donc très tôt la vocation de l’industrie. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce secteur ?  

Marie Rousset : Au premier abord, ce qui m’a attiré, c’est le côté concret de l’industrie. Je trouve que ce qui est intéressant dans l’industrie, c’est qu’on puisse voir le produit en train de se faire fabriquer. Quand on fait des études d’ingénieur, on aime comprendre le pourquoi, savoir comment ça fonctionne et de le voir en réel, ça a un réel avantage.  Aujourd’hui, j’ai la chance de travailler pour Safran, qui est un groupe industriel français, donc on a beaucoup de production en France et je trouve aussi que pour l’industrie française, c’est valorisant d’être dans cette démarche. 

Et puis on contribue à faire voler un avion dans le secteur aéronautique et ça, c’est un rêve de gosse. Il y a des gros défis aussi dans l’aviation, avec la décarbonation et ça, ce sont des défis qui vont concerner tout le monde car on prend tous l’avion et donc, de travailler à faire un avion plus neutre en carbone, c’est super chouette.  

Et enfin, dans l’industrie, vu qu’on améliore toujours nos produits, on est sur une démarche où on ne s’ennuie pas. Il y a tous les jours de nouveaux challenges, de nouvelles choses à améliorer et c’est vraiment cette dynamique qui me plaît. 

« Ce que je trouvais important dans l’industrie et dans la production, c’était de comprendre le côté organisationnel et la valeur humaine associée à ce travail industriel. »

Après vos études d’ingénierie, vous avez d’abord travaillé dans les RH au sein du groupe Safran. Pourquoi ce choix ?

A la sortie de mon école d’ingénieur, je ne me sentais pas assez technique pour aller directement vers des postes techniques et ce que je trouvais important dans l’industrie et dans la production, c’était de comprendre le côté organisationnel et la valeur humaine associée à ce travail industriel. Comprendre l’organisation, pourquoi on met ces gens dans ces postes-là, comprendre le recrutement, tout ce côté soft skills de l’entreprise et ce côté humain. 

Donc après mon école d’ingénieur, j’ai fait un Master RH et j’ai commencé ma carrière par un apprentissage chez Safran. J’ai travaillé 10 ans en RH avec plusieurs temps forts : j’ai été apprentie, ensuite je suis passée au siège de Safran, où on a pu mettre en place toute la partie recrutement central et ensuite j’ai pu occuper un poste plus terrain sur un site de production historique de production de moteurs d’avion. Et donc là, je suis passée du siège à du RH terrain, avec des problématiques de terrain, des personnes qui travaillaient en 3-8 ou les samedis-dimanches. C’était vraiment un autre monde, mais c’était hyper enrichissant. 

Ensuite, vous avez décidé de vous orienter vers le lean et l’amélioration continue : qu’est-ce qui fait que vous êtes allée dans cette voie ? 

Comme je le disais, à la sortie de mes études, j’avais besoin de comprendre l’organisation pour me sentir plus à l’aise, mais ce qui me plaisait vraiment, c’était la production, le concret et donc, petit à petit, je me suis rapprochée de cette partie production. Et une fois que j’ai commencé à vraiment connaître le milieu, le secteur, je me suis dit que j’avais envie de contribuer à son amélioration et d’apporter plus que le côté RH de l’accompagnement, donc je suis rentrée dans un parcours de certification Black Belt Lean, où j’ai fait des chantiers sur différents secteurs pour améliorer différentes performances.

Et cela m’a permis de faire la passerelle avec ce que je fais aujourd’hui. En tant que Cheffe de projet Innovation et Compétitivité pour la division câblage du groupe, mon objectif est de mettre en place des outils digitaux et d’automatisation pour améliorer la production par la mise en place de solution concrète de manière concrète. Sur la partie lean, je travaillais plutôt sur l’amélioration des process et d’accompagner un vrai changement, alors qu’aujourd’hui, je développe des outils comme fabriq, mais aussi des outils andon pour les fonctions support, des solutions d’automatisation pour réduire les tâches à non valeur ajoutée, etc. Je suis donc moins sur une posture d’accompagnement au changement, mais plus sur une proposition de solution immédiate de concrétisation de projets opérationnels. 

Avez-vous rencontré des défis en tant que femme dans le secteur de l’industrie et si oui, lesquels ? 

Je n’ai pas vraiment rencontré d’obstacles chez Safran, mais c’est vrai qu’on est dans des secteurs où il n’y a pas beaucoup de femmes et encore moins de figures féminines sur lesquelles on peut se projeter. Et je pense que, nous les femmes, on a tendance à avoir moins confiance en nos capacités et moins confiance à prendre des postes techniques ou des postes à responsabilités. On n’a plus besoin de tout connaître avant d’y aller, avant d’oser se lancer. Et je pense que c’est aussi pour cela que j’ai fait ce parcours RH, pour mieux connaître le métier avant de pouvoir l’exercer. Il m’a fallu ce temps de connaissance pour me dire après que finalement, je suis très capable de faire de la production, ou d’être cheffe de projet sur des outils digitaux. 

Cela dit, dans ces dix dernières années, je trouve qu’il y a quand même plus de femmes. Chez Safran, on était autour de 22 % quand j’ai débuté et là on est à 28,5%. Et ça, ça aide dans la projection qu’on a, de voir des femmes qui ont des postes assez importants. On se dit que c’est quelque chose qu’on peut atteindre et ça permet de mieux s’identifier, d’envisager des parcours qui il y a une quinzaine d’années étaient plus difficiles à envisager avant car il y avait moins de représentations. 

« On est dans des secteurs où il n’y a pas beaucoup de femmes et encore moins de figures féminines sur lesquelles on peut se projeter. »

Justement, est-ce que des actions ont été mises en place chez Safran pour attirer plus de femmes ? 

Oui, tout à fait, il y a pas mal de démarches qui sont faites au niveau du groupe pour attirer plus de femmes. Ils sont notamment partenaires de plusieurs associations, dont Elles bougent. Ils ont également mis en place Women at Safran, pour réunir les femmes du groupe et organiser des interventions, des témoignages. Par exemple, dernièrement, il y a une ancienne ministre de l’enseignement supérieur qui est venue nous raconter son parcours. Au niveau du groupe, il y a aussi beaucoup de partenariats sur l’inclusion des femmes, du parrainage auprès de jeunes qui sont dans des quartiers défavorisés ou encore des interventions au niveau des écoles pour parler des métiers scientifiques, etc. 

Vous avez parlé de l’association Elles Bougent, qui vise notamment à faire découvrir aux jeunes filles les métiers d’ingénieures et de techniciennes dans l’industrie. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur cette association ? 

Cela va bientôt faire deux ans que je suis marraine de l’association. Le principe, c’est de témoigner sur le fait qu’on a fait une carrière technique, qu’on travaille dans un environnement technique et qu’on y est arrivé. L’association Elles bougent vise à promouvoir tout un réseau de femmes qui ont des parcours scientifiques et techniques, pour permettre d’inspirer des jeunes filles à aller vers ces métiers-là. On remarque que, depuis la primaire, les jeunes filles se sentent moins attirées ou moins à l’aise dans les matières scientifiques et Elles bougent vise à combattre tous ces préjugés et à permettre aux jeunes filles d’aspirer à ce qu’elles veulent sans se mettre de barrière.

Elles bougent organise beaucoup d’événements, en régional ou national et il y a énormément de marraines. Être marraine ça prend deux interventions par an, ce n’est pas un gros investissement mais ça permet d’inspirer pas mal de jeunes. Moi, j’ai fait des interventions dans des collèges où j’ai discuté avec des jeunes filles de mon parcours, de ce qu’elles aimeraient faire, comment s’orienter, etc. J’ai aussi fait une journée d’appel avec un public mixte et je vais participer au challenge Innovatech, sous la forme d’un hackathon où on doit mettre en place un projet avec des lycéennes et des étudiantes, qu’on doit ensuite pitcher en public. C’est très enrichissant.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes aspirant à des postes dans le secteur industriel ?

Il faut oser et ne pas se mettre de barrière. Moi, je me suis mise des barrières en me disant que j’avais fait une école d’ingénieur mais que je n’étais pas vraiment une ingénieure et qu’il fallait que je fasse plutôt des RH, mais au final, ça fonctionne très bien et cette expérience-là est importante. Il ne faut pas avoir peur et il faut y aller, on est aussi compétente que n’importe qui, il ne faut pas se mettre de frontière. 

On n’a qu’une vie, donc si on veut faire des choses, il faut y aller. Si on a envie de faire de la technique on peut y aller. Plein de petites filles construisent des choses, avec les legos, les playmobils. Et quand on est adulte, c’est la couture, le DIY. Et bizarrement, quand on parle de DIY, les femmes se sentent plus confiantes, alors que quand on parle d’école d’ingénieurs ou de formations techniques, elles se disent que c’est trop dur, que ce n’est pas pour elles, que c’est un truc de garçon, alors qu’en réalité, ce sont les mêmes concepts : on part d’un truc et on le construit. Donc il faut casser ces préjugés qu’on peut avoir et faire ce qui nous plaît, peu importe son sexe. 

« Il faut casser ces préjugés qu’on peut avoir et faire ce qui nous plaît, peu importe son sexe »

Rédigé par :

Priscilla Brégeon-Minos – Content Manager @fabriq

Titulaire d’un Bachelor en Communication & Médias et d’un Master en Presse écrite, Priscilla possède une expérience de plus de 8 ans dans la rédaction et la production de contenus, aussi bien dans le secteur des médias qu’en B2B. Elle travaille désormais depuis plus d’un an chez fabriq, en tant que Content Manager. « J’ai découvert le secteur industriel avec fabriq et je ne regrette pas, c’est un domaine aussi riche que passionnant et en perpétuelle évolution. »